La commission « Toxicomanie »

En début d’année 1993, Mme Depoisier et M. Meystre contactent la COREL pour mettre en place une politique régionale de prévention en matière de toxicomanie. En effet, il existe à Renens une commission de professionnels qui se penchent sur le problème, or la question se pose à un niveau régional, et la COREL serait l’organe idéal pour débloquer des fonds et coordonner les acteurs.

La proposition de créer une plateforme « sociale » au sein de la COREL avait déjà été formulée en 1992 , mais jugée non-prioritaire à ce moment-là. La situation ayant évolué, la création de cette plateforme est remise à l’ordre du jour. Cependant avant de créer une plateforme, les membres de la COREL décident de former d’abord une commission d’étude, sans budget, avec pour objectif principal de faire un état de la situation.

Le 27 janvier 1994, une année plus tard, les travaux de la commission d’étude avancent plutôt lentement. Il est désormais question d’y intégrer des politiques, afin de « coréliser » la commission pour qu’elle soit mise sur un même pied d’égalité que les autres commissions de la COREL.

Le sujet divise, certains pensent qu’un domaine aussi pointu devrait rester l’affaire de spécialistes, mais, en attendant, une proposition de budget de CHF 30’000.- est votée pour financer une exposition sur la toxicomanie nommée « bus graffiti ». Ce sera chose faite. Le 18 août 1994 marquera l’ouverture des portes de l’exposition destinée à sensibiliser la population sur les problèmes de toxicomanie, elle se déroulera dans les locaux des TL.  En outre, la présence des municipalités au sein de la commission est désormais acquise et un délégué y participera au nom des autorités. La création d’une plateforme sociale est à nouveau mise sur la table, mais toujours sans suite.

La question des futures activités de la commission d’étude se pose et devient récurrente. C’est en septembre 1995 qu’un changement important aura lieu. Afin de pouvoir tracer une ligne politique claire, la présidente Mme Depoisier propose de dissoudre la commission d’experts pour en recréer une autre composée de politiciens. Le Bureau de coordination accepte cette proposition en espérant ainsi pouvoir mieux répondre aux problèmes de toxicomanie.

En outre, suite à une consultation, de nombreuses communes ont exprimé le souhait qu’un fonds soit créé, géré par la COREL, pour financer la « commission toxicomanie ». Il est alors demandé à la commission de présenter une demande de budget précise, évaluant les retombés sur le terrain, détaillant la répartition des ressources et dressant un inventaire des structures existantes.

C’est en janvier 1996 que la demande de fonds est présentée, soit CHF 2.50 par habitant, renouvelable chaque année, à répartir entre les associations suivantes :

– Faire le pas : CHF 60’000.-
– Rel’aids : CHF 150’000.-
– Rel’ier: CHF 230’000.-
– Tandem : CHF 100’000.-
– Ale 31 : CHF 10’000.-
– Fondation du Levant : CHF 25’000.-
– Fonds de réserve : CHF 25’000.-
TOTAL : CHF 600’000.-

Le budget étant conséquent, il s’engage alors une discussion intense dans les Municipalités. De tels montants sont considérés comme trop élevés et la proposition est faite de les réduire en ciblant les associations prioritaires. De plus, il est opportun que la demande soit renouvelée annuellement et que la répartition du fonds entre associations soit transparente. Les communes demandent à ce qu’un bilan soit présenté après quelques années.

Il est décidé que le vote de l’assemblée générale porterait sur un montant de CHF 1.60 par habitant, dont CHF 1.- irait à Rel’ier, CHF 0.40 à Rel’aids, et CHF 0.20 à  la Fondation du Levant. La prévision d’un fonds de réserve est jugé inutile. Les communes s’engageraient ainsi à financer le fonds sur 3 ans, avec un engagement moral sur 5 ans. Le fonds sera accepté par l’assemblée générale du 18 avril 1996, malgré la réticence de certaines communes.

La Gazette de Lausanne du 7 septembre 1996 titre que la COREL subventionnera les associations qui œuvrent pour les toxicomanes.

A la même période, on décide de créer la plateforme « Affaires sociales » qui sera constituée de deux groupes « toxicomanie » et « emploi », sous la présidence de Mme. Brughera.  Le groupe « toxicomanie », dont la présidente reste Mme Depoisier, décide de mettre en place un système de formation en matière de toxicomanie pour les élus politiques de la région.

Le Journal communal de Lausanne du 20 août 1996 se prononce sur la démarche de la COREL

Mais c’est en juin 1997 que le premier grand projet de financement commence à se discuter. Il est demandé en effet de débloquer CHF 2.- par habitant (supplémentaires au budget actuel) afin de financer le centre St-Martin qui s’occupe des soins et de la prévention de la toxicomanie (le Canton subventionne déjà largement St-Martin, mais pas suffisamment en matière de prévention).

La réaction est attendue : c’est trop cher pour certaines communes. Ces dernières  risqueraient de rejeter en bloc le budget alloué au « groupe toxicomanie » si la nouvelle dépense devait être votée en assemblée générale. De plus, la prévention ne fait pas l’unanimité : certains pensent que les toxicomanes sont des personnes malheureuses et qu’il est inutile d’y consacrer autant d’argent, d’autant plus que les retombées concrètes des actions de prévention sont difficilement estimables. On décide donc de limiter l’augmentation du budget à CHF 2.- par habitant « en tout et pour tout! ». Cette révision à la baisse du montant initialement réclamé était nécessaire pour que les communes puissent se rallier à la cause. Le budget fut accepté par l’assemblée générale à fin 1997.

Article de la Gazette de Lausanne du 30 octobre 1996, sur le succès remporté par le Centre Saint-Martin.

A quoi le montant servira-t-il concrètement ? Le centre St-Martin a pu se doter d’un poste d’assistant social et d’un local. Un réseau complet de prévention a pu être mis sur pied, incluant tant les pouvoirs publics que les médecins, le tout coordonné par un assistant social spécialisé ! La formation des élus, le suivi des toxicomanes et la prévention s’en sont ainsi trouvés renforcés.

Or, une menace pèse sur l’ensemble du projet : une initiative populaire fédérale, « Jeunesse sans drogue », va prochainement être soumise à la sanction populaire. En cas de « oui », le changement législatif empêchera les actions et les interventions régionales du fait que l’initiative propose une politique stricte visant directement à l’abstinence. Elle menacerait à terme le travail accompli jusqu’ici par la COREL. Avec cette crainte, il est décidé de créer une brochure de sensibilisation destinée aux communes. Malheureusement, la brochure est très mal reçue : « le rôle d’une association régionale n’est pas de dicter des mots d’ordres en matière de votation » est-il soulevé de part et d’autre. En fin de compte, l’initiative sera largement rejetée et la plateforme « Affaires sociales », enrichie d’un groupe supplémentaire « Petite Enfance », pourra continuer ses projets importants pour la cohésion sociale de toute une région !

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